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http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo115741 Lettre Flora

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Marque du Domaine Public Lettre Numéro d'inventaire : 978.0023.323 Création Droz Edouard (Auteur) ; 8 juillet 1899 ; Besançon. Description Feuillet double recto-verso. Utilisations Dreyfus Alfred (utilisateur) Correspondance Matière(s) et technique(s) Papier (Manuscrit) Dimensions hauteur 17,7 (déplié) cm, hauteur 17,7 cm, largeur 22 (déplié) cm, largeur 11 cm Inscriptions Besançon, le 8 juillet 1899 Mon capitaine, C’est un civil qui vous salue de ce nom. Mais ce civil est le petit fils d’un artilleur de Napoléon, qui, simple soldat, fut décoré sur le champ de bataille de Leipzig, pour action d’éclat. Ce civil, né dans la militaire Franche Comté, voisine de votre Alsace, pleure quand il voit passer le drapeau, et, quoique goutteux, infirme plus qu’à demi et incapable de faire campagne, il trouvera bien le moyen, si l’ennemi envahissait encore une fois la France, de donner d’une façon ou d’une autre sa vie pour le pays. Ce civil se sent au plus profond de l’âme un amour si fervent pour l’armée nationale qu’il croit à peine commettre une usurpation en vous faisant le salut militaire, mon capitaine. Ce civil enfin, professeur de son métier, nourri des historiens anciens et modernes, n’a pas trouvé dans les annales du monde l’exemple d’un seul cas où un soldat ait été mis à une épreuve comme celle dont vous sortez, et ait déployé pour sortir de l’abîme des vertus humaines et militaires plus sûres, plus solides, plus indomptables. L’heure de la réparation est enfin venue. Sept officiers, loyaux comme ceux qui vous ont condamné, mais mis en garde cette fois contre les documents faux et les faux témoins, vont vous rendre votre honneur, tout votre honneur, cet honneur auquel vous vous êtes cramponné des mains, des pieds, des dents, comme Cynégire au vaisseau perse de Marathon. Bon courage, mon capitaine, et bon espoir. Je suis un inconnu pour vous. Cela n’exclut pas la sympathie. Vous êtes celui qui souffre sans l’avoir mérité je suis celui que compatit par amour de la vérité et de la justice. Mais de plus, vous n’êtes pas tout à fait un inconnu pour moi. Depuis que j’ai cru à votre innocence- (en même temps que M. Scheurer-Kestner), j’ai cherché ce qui pouvait me rapprocher en esprit de vous et des vôtres. Mes amis de Belfort m’ont rappelé que j’étais jadis rencontré avec un de vos frères, venu sur la terre française pour y installer son industrie ils m’ont raconté comment, un de vos neveux, élève au lycée de Belfort, avait soufflée un de ses camarades qui l’avait nommé parent de traître j’ai su par eux comment le père de l’insulteur battu avait abusé de sa haute situation pour faire chasser du lycée ce brave enfant. Puis, au mois d’août 98, j’ai rencontré à Audincourt, près de Montbéliard. M. Henri Juillard, de Mulhouse, qui m’a parlé en détail de votre famille, et particulièrement de votre frère Jacques (je crois), dont il admirait avec exaltation la droiture, le patriotisme, l’inébranlable fermeté dans le désastre de la famille. Madame Henri Juillard m’a appris qu’une de vos parentes, une belle-soeur, si je ne me trompe, était la fille de mon vieil ami l’avoué May, de Besançon, dont j’avais perdu de vue la famille, après sa mort. C’est ainsi que je pénétrais dans votre intimité, et que je vous voyais mieux, non plus comme une vague victime de l’erreur et comme le spectre de l’infortune, mais comme un homme en chair et en os, torturé à tort et vainqueur de la torture, un homme à plaindre, à admirer, à aimer. Je chargeai M. Juillard de dire à votre frère Jacques que nous étions à Besançon un groupe de bons « dreyfusards », convaincus de votre innocence, habitués à la proclamer, et résolus à soutenir votre cause de toutes nos forces. J’ajoutais que je croyais de toute mon âme au triomphe futur de la justice. Quelques jours après, le 30 août, Henry[Joseph, commandant] avouait son crime. Depuis, mais avec plus d’espérance au coeur, j’ai continué à être votre avocat. Bien que trop souvent ma santé m’interdise l’action, on m’a nommé président de la section bisontine de la Ligue des droits de l’homme. J’ai pu dès lors avec plus d’autorité parler et écrire pour vous. Et à propos de la Ligue des droits de l’homme, si jamais vous lisez ou entendez dire qu’elle est composée d’ennemis de l’armée, sachez bien que c’est là un mensonge. Toutes les causes ont leurs enfants perdus, qui leur misent plus qu’ils ne leur servent, sans qu’elles soient responsables de leurs excès. Si vous avez eu de tels partisans, ils ont agi en dehors de nous. Notre Ligue est une autre ligue des patriotes, qui n’aime pas moins la patrie que l’autre, et qui l’aime mieux. L’autre a l’idolâtre de l’armée française nous en avons, nous, la religion. Nous vous avons défendu- soyez bien tranquille là-dessus- avec les sentiments que auriez réclamés de vos défenseurs, si vous aviez pu les choisir. J’ai su d’hier seulement que vous êtes autorisé à recevoir des lettres. Celle-ci est plus longue que je ne pensais la faire, et trop longue sans doute pour le peu de loisir dont vous disposez. Je suis sûr cependant que vous lui ferez bon accueil car vous sentirez qu’elle vient d’un ami. Encore une fois, bon courage, bon espoir et recevez, ami, ma cordiale poignée de main. Edouard Droz professeur à la faculté des lettres de Besançon. Je serais heureux, si vous vouliez bien mettre aux pieds de Madame Alfred Dreyfus mes hommages le plus profondément respectueux, et serrez pour moi la main à votre frère Mathieu. Mots-clés Affaire Dreyfus, Correspondance, Solidarité, Droits de l'homme, Soutien, Dreyfusard, Militaire Type de document Collections muséales

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