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http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo151714 Lettre Flora

Lettre

Marque du Domaine Public Lettre Numéro d'inventaire : 978.0023.2596 Création Génard Jean-Noël (Auteur) ; 14 septembre 1899 ; Moulins. Description En-tête : "Madame Lucie Dreyfus", L'auteur, Jean-Noël Génard, un jeune Moulinois, envoie un poème à Lucie Dreyfus. Dans la première partie de sa lettre, il expose les différentes parties de son travail, les questions qu'il s'est posées. Au début il y a eu un doute, puis progressivement, l'innocence de Dreyfus a été établie. Il demande à Lucie Dreyfus de l'aider, grâce à ses relations, à faire publier ce poème. La deuxième partie de la lettre contient le poème. Utilisations Dreyfus Lucie (utilisateur) Correspondance Matière(s) et technique(s) Papier quadrillé (Manuscrit) Dimensions hauteur 27 cm, largeur 20,7 cm Inscriptions Français Moulins le 14 septembre 1899. Madame Lucie Dreyfus. Emu par votre grande douleur et emporté par la juste vérité, j'ai composé le poëme suivant. La mache en est progessive : j'émets un doute d'abord — Car Madame, il faut bien vous l'avouer, il existe encore des douteurs. — quoique entièrement convaincu de la pleine et entière innocence de votre Mari, grand martyr écrasé par une effroyable fatalité. Je me répête, j'émets un doute, puis peu a peu j'entraine le lecteur incrédule au point où mes vers tendent, où je crie la vérité : — Innocence ! Des juges en parlerai-je ?... Madame vous le connaissez mieux que moi et vous avez apprécié depuis longtemps, leur piètre valeur, leur crétinisme outré à l'excès. Dans mon poëme, il y a peut-être quelques défectuosités de style mais j'espère Madame que vous me pardonnerez : — Je parle ainsi que l'a dicté mon cœur, sincèrement. J'ai taché d'être véhément : y ai-je réussi ? Vous seule Madame pourrez l'apprécier peut-être ne verez-vous que de la faiblesse ! Ceci ne pourra tenir sans doute qu'à mon extrême jeunesse. Je n'ai pas encore dix huit ans et n'ai reçu qu'une instruction primaire je me suis formé moi même sans aucun maitre. Il est vrai Madame que cela vous importe peu. Je desirerais seulement — si toutefois vous le jugez à propos — étant trop pauvre et manquant d'expérience et d'amis pour le faire moi même et d'autre part je n'aurais pas voulu disposer de mes vers sans que vous n'en ayez pris connaissance — que vous le communiquiez à tous les journaux qui voudront les insérer malgré la longueur du poème, cependant trop court, pour exprimer parfaitement ce que j'éprouve devant la monstrueuse iniquité qui vient de se produire sous nos yeux. On pourrait encore — si cela veut mien en tirer un petit volume, si la pièce vous convient entièrement. Dans le cas contraire croyez bien Madame qu'il n'y aura pas de ma faute, ayant essayé de faire entendre aux entêtés stupides ce que tous les cœurs véritablement grands croient c’est a dire l'innocence de Monsieur Dreyfus, qui est évidente et saute aux yeux. Cette heure viendra Madame j'en ai la conviction absolue ! Je l'espère pour vous, pour vos enfants, pour Lui ! — Hélas je ne sais malheureusement que trop ce que c'est que la perte d'un père ! — Je ne reverrai plus le mien ! — Votre cher époux reviendra Madame et bientot je vous le dis. La France verra clair ses yeux jusque là fermés par un voile épais, se déssileront ! Voilà cinq ans qu'un martyr souffre, c'est trop, beaucoup trop ! Nous voulons la réhabilitation elle doit être ! Il l'aura Madame, Il l'aura ! Et alors réunis dans un groupe charmant vous tenant par le cou tendrement enlacés, au milieu des baisers, on entendra ces mots si doux après la cruelle séparation : — Mon ami !... Ma femme !... mes enfants !... oh papa… papa !... Libre enfin ! — Ne pleurez pas Madame, bientot…bientot !... Votre douleur est immense pour l'instant ô Madame, permettez moi de la partager et de déposer mes humbles respect à vos pieds. Veuillez avoir Madame l'assurance que je suis, que je serai toujours votre tout dévoué serviteur : Jean Noël Génard Jean Noël Génard — 16 Boulevard de Courtais — Moulins — Allier. Jean Noël Génard. Après l'Arrêt. A Madame Lucie Dreyfus. Oui pourquoi répéter Français inclinons nous. Mais cet homme a gravi son calvaire à genoux Il a gémi dans la souffrance. S'il est traitre, c'est bien, il expie un forfait. Mais s'il est innocent de ce hideux méfait, Qu'on lui donne la délivrance. Pourtant on voit planer toujours sur l'horizon Ce montre formidable appelé trahison !... — Voyez vous cette tâche sombe. Au cœur de notre mère et qui va rougissant Ses deux seins labourés ? — C'est du sang, c'est du sang !... — Français retournons nous dans l'ombre ? Traître ou non c'est un homme, et cet homme est vivant. — C'est un Juif ! —Oui j'entends… Mais pourquoi si souvent, Retourner l'arme dans sa plaie ? Vérité de ton puits qui n'est plus qu'un tombeau, Sors donc, apparais nue, et portant ton flambeau, Vois ce mort-vivant sur la claie. Vois des hommes penchés et tenaillant ses chaires… — Sombres chirurgiens ses cris vous sont donc chers, Pour fouiller sous la peau meutrie ? Vous ne voyez donc pas, au loin dans l'avenir : Une rivière rouge et les cieux se brunir ?... — Qu'il soit libre pour la patrie ! Un mystère est dessous cet homme dont le nom Me semble être un écran. — Est-il coupable ou non ? Oui dit on ! Je suis pris de doute. Coupable : — Ô Vérité cet homme est il le seul ? — Serais-tu morte, dis, rejette ton linceul, Viens éclairer le sombre goute. Qu'est ce que cette boue en ce cloaque noir, Et cette forme humaine, affreuse, horrible à voir Qui s'y débat tote souillée : — c'est une femme, elle est laide et sur le chemin, La trouvant drôle, on rit et nul ne tend la main A la pauvresse agenouillée. Le poète s'avance, il est seul — c'est un sot Mumure t'on. Il va sans hésiter, d'un saut Ecarter toute cette fange. Il contemple une face ou brillent deux grands yeux Et le poète dit, plus triste que joyeux : — C'est la vérité, c'est cet ange ! Cette affaire est obscure, et jette de la nuit. Quand nous voulons du jour, on nous offre du bruit, Tout en le dénomant lumière Et vous croyez, Messieurs, que cela nous suffit ? — Non ! — Vous nous aveuglez et vous tirez profit De cette cécité première. Pour vous la nation est un splendide hochet. — Tenant un violon dont vous tirez l'archet, Vous nous écorchez les oreilles, En disant entre vous : — Rendons les Français sourds, Pour qu'ils soient abrutis, étant déjà balourds Et reposons nous de nos veilles ! — Se reposer ! — Le ciel est par trop nuageux !... — D'une lame de plomb couvrez le puits fangeux Ou la pauvre vérité pleure. Franchement j'aurais peur si j'étais vous, Messieurs Et je n'oserais pas lever la tête aux cieux Alors que la vérité meure. Mais le poète est là, la France est avec lui : — Nous désirons tous voir si la lumière a lui, Au fond de l'antre funéraire. Vous cachez un secret sous tous vos masques froids, — Nous le voulons ! — Malgré ces vains cartons étroits, Nous voyons votre œil téméraire. Si Dreyfus est coupable ou s'il est innocent, Nous ne le savons pas quoique déjà du sang, De l'or, des pleurs et des paroles, Se sont trop répandus, et parfois sans raison. — Si vous mettez un homme au fond d'une prison, C'est pour mieux conserver vos rôles. Vous broyez sans pudeur le cœur d'un malheureux Ne savez vous donc pas que dans ce drame affreux, Vous n'êtes que des pantins sombres Et vous avez construit l'édifice croulant Ô juges, dans lequel est un père râlant. — Vous prériez sous les décombres ! Devant vous sains d'esprit, Dreyfus plein de stupeur, A vos farouches voix répondait plein de peur… — Croyez vous que cela soit juste ? — Oui. — Croyez-le, Messieurs ! — Qaunt à moi : Je dis, Non ! Avez-vous bien un cœur, vous hommes du canon ? — Votre justice est une injuste ! Dites moi voir si l'homme appelé prisonnier, N'est pas un être même en étant le dernier ? Vous avez le corps mais non l'âme Et vous ne devez pas le faire trop souffrir : Un prisonnier doit vivre. — Il ne doit pas mourir, Car son esprit c'est une flamme. Le plus hideux bandit, n'est pas un animal Vous n'avez pas le droit de lui faire aucun mal, S'il ne confesse pas son crime. Mais devant la douleur toujours un méchant rit ! Donc vous avez osé transpercer un esprit, Comme un vague plastron d'escrime. — Il est Juif ! — Vous auriez fort bien pu naître ainsi Mais ce n'est qu'un prétexte. — Or écoute ceci : — Si vous voulez perdre la France Joignez la politique à la religion. N'importe où, quelque soit le lieu, la région, Vous verrez s'enfuir l'espérance. Fils de la vieille France, êtes vous des gaulois ? Saurez vous respecter, son sol sacré, ses lois, Assez pour combattre pour elle ? — Oui, nous saurons mourir calmes et sans effroi. Si la guerre éclatait dans notre désarroi, Vous verriez la race nouvelle ! Mais ce que j'entrevois, c'est monstruosité, Guerre civile, atteinte à notre liberté… — Qu'on y touche, vienne qui l'ose ! Vous auriez du, Messieurs, être un peu plus humains, Et gracier cet homme étendant vos deux mains. L'horrible affaire serait close. Tout pesé, tout compté, tout divisé, je dis, Que ces juges-soldats sont des vautours hardis Haineux, autant que faméliques. — Ô mes frères, Français, Dreyfus est innocent ! Juges je vous hais tous même seriez vous cent. Monstres tristement historiques. Deux de vous cependant, ne furent pas bornés, Au point de s'écrier, — Je vois !... C'était leur nez, Qui limitait leur courte vue. Mais ceux-là, n'étaient pas comme vous des barbons, Sans aucun doute ! — Allez, si l'on vous en croit bons, Caracoler à la revue. Tigres, êtes vous donc sans entrailles, sans cœur Ne connaissez vous pas, cet immense bonheur, Le frémissement d'être père ? Malheureux, Malheureux !... Mais Dreyfus ce martyr A connu cette joie… Et pour oser mentir, N'avez-vous si femme, ni mère ? Juges, juges, plus tard vous verrez le remord, Pénétrer dans vos sens et quand viendra la mort, Avant de descendre en la tombe, Bavant vous hurlerez : — "Oui je fus un bandit, " Cet homme était un juste, et ma voix le perdit. — J'ai vécu lâche et tel je tombe !..." Dans un coin de l'histoire il est un noir fumier : — C'est là qu'avec Néron, d'autres dans ce bourbier, Avec des Borgia blasphément Et c'est là, qu'il faudra dans quelques ans chercher, Des âmes dont l'odeur défendra d'approcher, Tant les pourritures s'essaiment ! Oui juges, vous seriez dans cet horrible tas Rebut de Dieu, rebut de tout, dans cet amas Ou sont venus vomir les mondes. On vous trouvera là, vous dont la puanteur, Dans l'air s'envolera funeste avec lenteur, Empoisonnant ces lieux immondes. Mais Français espérons un jour libérateur, Ou l'on verra trembler plus d'un accusateur, Jusqu'alors pétri d'imprudence. Oui ce jour pour la France et pour l'humanité, Il nous le faut bientôt, rendant la liberté Et son honneur à l'innocence ! — Jean Noël Génard Septembre 1899. — Il est inutile de faire remarquer que par les mots Messieurs je m'adresse aux juges. Mots-clés Affaire Dreyfus, Poésie, Vérité, Correspondance, Procès, Conseil de guerre, Réhabilitation, Presse, Patriotisme, Patrie, Soutien, Dreyfusard Dreyfus Alfred Dreyfus Lucie Type de document Collections muséales

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